dimanche 10 septembre 2017

11 septembre 2001 : Voyageur en transit, extrait d'un récit autobiographique

Je vous retrouve pour notre rendez-vous annuel du 11 septembre.
Après l'écriture de Au Cœur du Solstice, pour se changer les idées, Jacques avait eu envie de coucher sur le papier son vécu du 11 septembre 2001 : une escapade d'une semaine en Terre Neuve en tant que réfugié. Il y a connu un formidable élan de solidarité, pendant que je me rongeais les sangs de mon côté.
Ce récit n'a pas vu le jour. Sa motivation pour le terminer n'était pas au rendez-vous. Mais je me demande si je ne vais pas prendre les choses en main. Allez savoir...
En 2015 et en 2016, j'ai partagé avec vous deux extraits de ce qui pourrait finir par donner un livre. Vous les trouverez sur ces liens.

Et c'est reparti pour cette année, avec cette fois le récit de l'atterrissage...
Peut-être à l'an prochain avec cette fois une histoire terminée ? On verra bien !
D'ici là, bonne lecture à ceux qui se laisseront tenter.


***


Atterrissage
Il est onze heures sur la côte est américaine, lorsque le commandant de bord fait une annonce surprenante. Une avarie technique le contraint à poser l’appareil sur l’aéroport le plus proche. Mais pas de panique, le problème n’est pas grave ! Mon voisin et moi nous regardons, dubitatifs. On ne se déroute pas pour une panne mineure. La raison en est simple : un déroutement signifie une perte de temps, des passagers à prendre en charge, des retards sur les horaires. Bref, des coûts importants pour la compagnie. Les deux réacteurs ronronnent tranquillement et c’est toujours ça de gagné.



L’avion a entamé sa descente. Sous nos pieds, à perte de vue, des conifères. Des milliers d’hectares de conifères. Le vert de la forêt est régulièrement entrecoupé par le bleu d’un lac. Pour le moins sauvage cette contrée ! Puis c’est la phase d’approche finale : nous allons sans doute nous poser sur un petit aéroport canadien, car vu l’heure, c’est certainement le pays que nous sommes en train de survoler. Je reconnais qu’il ne faut pas être grand clerc pour le deviner puisque c’est le seul avant d’arriver aux États-Unis.

Notre Airbus A330 atterrit sans à coup et là, surprise ! Des dizaines de gros porteurs sont déjà parqués sur le tarmac : des Boeing 747 et 767, des Airbus A330 et A340, uniquement des avions long-courriers. Je sais bien que le Canada était une destination accueillante, mais à ce point ! L’appareil ralentit pour aller à son tour se garer à la place indiquée. J’en profite pour regarder à quelles compagnies appartiennent tous ces avions : Air France, Lufthansa, American Airlines…

Bon, réfléchissons ! Même si l’on croit à la loi des séries, il est statistiquement difficile d’admettre qu’une quarantaine d’avions ont eu un problème technique au même moment et au même endroit : nous sommes trop au nord pour incriminer le triangle des Bermudes ! La première hypothèse qui nous vient à l’esprit est la panne du réseau informatique de surveillance de l’espace aérien nord-américain. Le commandant n’a toujours pas fait d’annonce. L’avion se parque, les moteurs sont coupés, le silence semble envahir la cabine. Puis rapidement, les passagers se perdent en conjectures. À l’extérieur, le soleil brille et les arbres se balancent au rythme du vent, insensibles à l’animation soudaine de ce petit aéroport régional.



Nous attendons des explications. Plus personne ne croit à la panne. Le micro crachouille. Nous allons enfin en apprendre davantage :

— Mesdames et messieurs, les États-Unis ont été victimes d’attaques terroristes par la voie des airs. L’espace aérien est donc fermé. Nous attendons des instructions.

Stupéfaction générale ! Des attaques terroristes par la voie des airs ? Mais qu’est-ce que cela signifie ? Impossible d’en savoir plus. Le commandant de bord semble lui-même à court d’information. Les téléphones portables ne servent à rien. Ce territoire n’a pas encore été totalement équipé en 2001. L’est-il d’ailleurs aujourd’hui ?

C’est finalement grâce à une petite radio portative que nous allons peu à peu être au courant de ce qui se passe. L’un des passagers possède en effet ce genre de radio dont plus personne ne voudrait maintenant, même en cadeau. Mais c’est le seul instrument électronique qui arrive à capter quelque chose. Et ce brave petit poste de radio va nous informer heure par heure : « Deux avions se sont écrasés sur les tours du World Trade Center : il y a 50 000 victimes ! » Les nouvelles sont traduites pour les Français qui ne comprennent pas l’anglais. Le chiffre annoncé est impressionnant et nous laisse pantois.

Une heure plus tard, c’est un autre appareil qui s’écrase sur le Pentagone. Ces nouvelles terribles sont simplement inimaginables lorsqu’on les apprend au milieu d’une forêt canadienne.

Les échanges vont bon train et deux choses nous interpellent. D’une part, quels que soient les évènements qui se déroulent en ce moment sur la côte est des États-Unis, ils vont avoir un impact phénoménal sur les relations mondiales dans les mois à venir ! Et d’autre part, en étant plus prosaïques, nous ne repartirons pas d’ici de sitôt !

Dix-neuf heures, heure locale : le soleil se couche sur la forêt. Le tableau est magnifique, mais il préjuge d’une nuit à passer dans l’avion. Et ça, c’est moins drôle !

2 commentaires:

  1. Je me rappelle avoir pleuré à l'annonce de l’événement. De stupeur et de terreur. De peur aussi pour l'avenir du monde et celui de mes enfants...

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    1. A juste titre malheureusement. Les images de ces immeubles qui s'effondraient étaient saisissantes.

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